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Si j'étais né en 17 à Neuilly...

Mardi 15/01/2008 | Posté par Blaise Hofmann

George Maréchal est une machine à remonter le temps. Henri IV, les guinguettes de l’île de la Jatte, les boîtes à jazz de Neuilly et les hôtels particuliers juifs, allemand, américains, puis disparus… Suivez le guide !

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« En 1606, Henri IV, tombé dans la Seine en voulant la traverser, ordonne la construction d’un pont de bois à péage en remplacement du bac… » Comment en est-on arrivé là ? Le fait est que Georges Maréchal, un Neuilléen pure souche de 77 ans, résumait cette anecdote au moment où nous passions devant l’Hôtel de Ville. « Mais j'y pense, justement, parmi les tableaux de la Salle des Fêtes, on trouve L’accident d’Henri IV au bac de Neuilly de François Schommer. Venez! »

Au deuxième étage de l’Hôtel de Ville, le réceptionniste nous demande une autorisation. Après un temps, le Directeur de Cabinet, Antoine Masson, confirme la nécessité d'une demande écrite pour visiter le Salle des Fêtes... Ça valait bien la peine d’imprimer de jolies brochures en papier glacé, intitulées Voyages intérieurs à l’Hôtel de Ville, où l'actuel Maire écrivait en préambule : « Neuilly est heureuse de vous accueillir dans son Hôtel de Ville et vous invite à découvrir la très grande richesse artistique de son édifice communal… » Confortablement installé dans un canapé de la Mairie (photo), j’écoute Georges Maréchal, je remonte le temps, deux heures durant...

« ...Avant la guerre, il y avait beaucoup de Juifs à Neuilly, encore plus qu’aujourd’hui. Ils tenaient presque tous les hôtels particuliers. Ensuite, les Allemands les ont récupérés. Ils ont installé leur poste de commandement dans l’un d’eux, en face de l’hôpital américain, juste en bas de chez moi. Grâce à l’hôpital, on n’avait pas de coupures d’électricité, mais, avec la présence des Allemands, on avait peur qu’on nous bombarde. On les avait comme ça... J’avais 11 ans. Mon père est mort en 1940. J’étais maigre comme ça. Je me souviens avoir fait la queue dans la neige pour un morceau de pain. C'est qu'on n’avait pas de famille à la campagne pour nous ravitailler. Et les commerçant du coin faisaient beaucoup de marché noir... Je crois qu’à force d’obéir aux sirènes d'alerte, j’ai connu, sur le chemin de l'école, toutes les caves, du Boulevard de la Saussaye à l’Avenue du Roule ! Je me souviens d’une équipe de Juifs de 9-10 ans que l’on avait intégrés à une classe voisine. Un jour, ils avaient subitement disparu… Ma tante, qui habitait Bécon les Bruyère, avait vu ses deux immeubles voisins s’éfondrer sous les bombardements. Un parachutiste anglais criblé de balles était tombé dans le jardin de mon cousin qui vivait à Courbevoie. Après cela, ma mère m’avait envoyé au calme, en Haute-Savoie, de mars à octobre 1944. De retour à Neuilly, après la Libération, les hôtels particuliers occupés par les Alemands furent occupés par les Américains pendant encore 4-5 ans, puisque la plupart des Juifs n’étaient pas rentrés. On leur demandait du corned-beef…»

La mémoire de Georges Maréchal peut être plus lumineuse. Quand il avait 10 ans, l’île de la Jatte était peuplée de guinguettes, de peintres et d’immigrés italiens (l’île était inondée tous les deux ans). Quand il avait 17 ans, « de formidables soirées jazz » égayaient Neuilly. Le souvenir aussi de ses « années Electrolux », à Courbevoie, quand il travaillait... 48 heures par semaines et qu'il ne demandait qu'une chose, faire des heures sup', pour toucher la prime.

Blaise Hofmann

PS : La photo prise sur les escaliers de la Mairie montre les doubles traces des chenilles d’un tank allemand qui est venu s’encastrer dans la façade de l’Hôtel de Ville en 1944.

Blaise Hofmann -

Réactions des internautes

Jerome Lemaire
Mardi 15 Janvier 2008, 15:22
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Affligeant !!
Monsieur "Maréchal... nous voilà !!" porte tristement bien son nom.

En effet, il n'a pas l'air d'être dérangé par le fait que "les juifs" aient été spoliés de leurs maisons (il est à noter de plus qu'ils n'ont pas été 'simplement' expropriés -ce qui en soi eût déjà été épouvantable- mais envoyés dans des camps de concentration ou d'extermination...), mais l'est un peu par le risque d'être bombardé à cause de ses nouveaux voisins dont la présence ne l'aurait visiblement pas gêné si les méchants alliés n'avaient pas eu la curieuse idée de vouloir les faire retourner en Allemagne...

Un article sans aucun intérêt par ailleurs.

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Armand
Mercredi 16 Janvier 2008, 07:20
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A creuser si le journaliste s'intéresseà l'histoire de Neuilly : Neuilly a été libérée par des habitants de Courbevoie et de Puteaux. La plaque commémorative que l'on trouve de mémoire sur la place de la mairie occulte opportunément ce fait.
Avec un petit effort on devrait pouvoir recueillir le témoignage d'un de ces habitants de banlieues moins privilégiés qui ont risqué leur vie pour les Neuilléens (enfin, pour ceux qui n'étaient pas du côté de Vichy) en 1944.

Tout autre chose : le pont de Neuilly a été un des lieux principaux de rafle des Algériens lors de la manifestation du 17 octobre 1961 en suite de laquelle des dizaines de cadavres de manifestants ont été retrouvés dans la Seine.

Là, pas de plaque commémorative du tout.

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Blaise Hofmann
Mercredi 16 Janvier 2008, 13:20
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Merci Armand pour vos informations. Cela me semble en effet très intéressant. Connaissez-vous des personnes qui pourraient m'éclairer sur ces deux sujets ?

Jérôme Lemaire, la formulation de monsieur Maréchal et ma reformulation ont certainement été maladroites, je m'en excuse. Il ne faut pas y chercher ce qui ne s'y trouve pas. Ce tragique volet de l'histoire est sensible...

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Armand
Mercredi 16 Janvier 2008, 13:42
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Re:
Un ancien résistant habitant de Courbevoie ou de Puteaux avait témoigné dans un organe de presse il y a quelques années. Peut-être qu'une rencontre avec de très anciens membres du PS de Neuilly pourrait vous apporter des éléments, jusqu'à ce que vous trouviez un historien de la ville indépendant de la mairie. Autrement je suggérerais d'aller chercher vers les anciens résistants de Courbevoie et Puteaux...je suppose que vu de là-bas on doit avoir une vision assez réaliste de ce qu'était Neuilly sous l'occupation et de sa libération. 

Sur le 17 octobre 1961 à Neuilly rien n'a été fait. En dehors de la lecture de l'ouvrage de référence de Jean-Luc Einaudi vous pourriez prendre contact avec cette association-là :

http.//17octobre1961.free.fr/pages/association.htm

Voilà, je me suis un peu immiscé dans votre travail en faisant des suggestions.

Neuilly a l'air d'une cité-dortoir sans intérêt mais c'est très trompeur. Simplement un peu comme vos confrères de France 3 qui ont mis des mois à pénétrer une cité de Stains pour en faire un reportage dans "Pièces à conviction" il vous faudra du temps pour nouer les contacts qui vous permettront d'avoir accès aux cadavres dans les placards.

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