Neuilly Village People
Samedi 12/01/2008 | Posté par Blaise Hofmann
La meilleure vente de la FNAC des Ternes, dans le XVIIème, la plus proche de Neuilly, était il y a peu le livre d'Adeline Fleury, journaliste au Journal du Dimanche, et Pauline Revenaz, journaliste à BFM TV. "Neuilly Village People" est une approche socio-politico-people de la Sarkozie.
Au téléphone, Adeline Fleury (photo) m’avait mis en garde : « Pas besoin de rendre visite au Maire. Il est à moitié sourd. Et tout le monde te dira que c’est Arnaud Teullé, son adjoint, qui tire les ficelles...»
… jusqu’à l’arrivée de Martinon. Etonnant, le nom de ce dernier ne figure pas une seule fois dans leur livre. Un livre qui repose pourtant sur une enquête menée de juillet 2006 à juillet 2007. « Sa nomination a été pour nous une vraie surprise », avoue Adeline Fleury. Le troisième tirage de Neuilly Village People, prévu pour le mois de mars prochain, sera donc augmenté d’un chapitre sur les Municipales, étoffé de quelques informations croustillantes sur Jean Sarkozy, le fils du père, qui a rejoint la liste Martinon (pendant notre conversation, au Café Royal Villiers, dans le XVIIème, Adeline reçoit un texto de Pauline lui demandant de mettre de côté le dernier Closer. Il y aurait un cliché de Jean avec son amoureuse…).
«Apparemment les réunions d’appartement de Martinon ne se passent pas très bien », croit savoir Adeline Fleury. Alors pourquoi ne pas croire en Arnaud Teullé ? Sa réponse dans le livre : « Il lui manque l’ambition et le culot de son mentor. Il reste dans son ombre, en charge de la maison, tel un surveillant général, sans grande marge de manœuvre. Nicolas Sarkozy décide, Arnaud Teullé exécute » (p. 175).
Pourtant munie d’un épais carnet d’adresses, Adeline Fleury - qui a collaboré au magazine Ola et rédige actuellement des portraits pour le Journal du Dimanche - avoue qu’une enquête à Neuilly n’est pas une sinécure. « La discrétion est de rigueur, la retenue fait partie des usages ». Les deux journalistes ont toutefois essuyé peu de refus, sinon Jacques Attali, qui les a baladées pendant un an sans leur accorder d’entretien au final. Et les « grands patrons ». Un conseil qu’elle me donne : « Il faut tout de suite dire qu’on ne fait pas un livre sur Sarkozy. Ainsi les gens se détendent un peu ».
Adeline Fleury avoue elle-même que les témoignages présents dans son livre sont trop bruts, que l’ouvrage peine à s’affranchir du schéma journalistique. « J’aurais voulu davantage m’approprier les rencontres, prendre du recul ». Qu’importe, Neuilly Village People ouvre une large brèche dans la série poussiéreuse des livres consacrés à la ville : Neuilly de Pierre Coulomb, Histoire de Neuilly et de ses châteaux de l’abbé Bellanger, Vie et Histoire de Neuilly de Pierre Flageollet.
Morceaux (arbitrairement) choisis :
« Sans domicile fixe, sans-papiers, nounous africaines ou philippines, le petit peuple de Neuilly travaille dans l’ombre des hôtels particuliers, mais souvent rentre dormir dans des cités bien plus éloignées » (p. 117)
« Il y a deux hivers, Jimmy, qui avait pris ses quartiers devant le 44 avenue Charles-de-Gaule, est mort de froid. Pas de tentes Médecins du Monde pour montrer la pauvreté au grand jour des riches, pas de combattants de la cause des Don Quichotte dans les rues de Neuilly, mais quelques clochards et mendiants des pays de l’Est. Pendant longtemps, à la sortie de l’église Saint-Pierre, il y avait Alfred et son pote, un gai luron qui s’est fait arrosé d’essence dans son sommeil par des Roumains. Représailles d’une querelle de territoire » (p. 219)
«Un épicier neuilléen raconte qu’il vend énormément d’aliments pour animaux à des clients qui n’ont ni chien ni chat. Des gens à la retraite, propres sur eux, des revers de fortune qui veulent conserver un certain standing de façade, roulent encore en belle voiture, organisent un dîner par mois avec les quelques amis de la haute qui leur sont encore fidèles, avec champagne, foie gras et tout le tralala. Mais le reste du temps, ils mangent du Canigou » (p. 220).
Blaise Hofmann

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