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Edouard, débiteur anonyme

Mercredi 11/06/2008 | Posté par Marlène Schiappa

Dans le compte d'Edouard, 31 ans, surendetté depuis 10 ans, un crédit en remplace un autre. Comment en est-il arrivé là ?

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Il s’appelle Edouard. Il n’en a pas fallut plus pour que ses copains du foot lui fassent subir des railleries enfantines,  l’appelant « Edouâârd » avec un accent bourgeois et un petit doigt en l’air, alors que ses parents étaient issus de classe moyenne. « Très moyenne », précise-t-il. Peut-être faut-il y voir la racine de son problème actuel, une volonté de correspondre à ce qui était devenu une composante de sa personnalité, malgré lui ? A 21 ans, Edouard quitte le nid parental et « monte à Paris » pour s’installer avec sa petite amie. Il travaille déjà et s’équipe : un canapé, une table, un lit deux places… la liste s’allonge et l’addition monte.

Au moment de choisir une télévision, un vendeur lui fait une offre : il pourra régler le tout en trois fois sans frais s’il prend la carte de fidélité du magasin. Edouard accepte ce bon plan, pourquoi refuserait-il ? Le vendeur a juste oublié de lui signaler que c’était une carte de crédit, avec une réserve d’argent liée, gérée par un organisme de crédit qui, pour l’occasion, prend un autre nom. Mis devant le fait accompli, avec un minimum de documents, et sans trop se poser de questions, Edouard signe.

Il paye sa télé et n’y pense plus, jusqu’au jour où le lave-linge du jeune couple tombe en panne. Après un mois d’allers-retours au Lavomatic, sortie tue l’amour s’il en est, sa petite amie et lui ressortent la fameuse carte de son tiroir pour s’offrir un nouveau lave linge, cette fois, payable en 10 fois pour avoir de plus petites mensualités. Un simple ticket à signer. Quelques jours après, une fin de mois difficile, et Edouard se souvient qu’il peut retirer de l’argent avec sa carte. Il va au distributeur. Retire 200 francs, paye une facture et fait des courses. Il y retourne une fois, deux fois. « A la fois, ça me semblait normal, comme si c’était une carte bleue banale, et en même temps, j’étais un peu grisé en tapant le code au DAB, je ne me privais de rien, mais je ne disais à personne d’où provenait cet argent. Je payais des tournées générales, j’invitais mon amie au restau, ou simplement je payais un caddie de courses. Quand votre entourage se pavane avec une nouvelle montre, une nouvelle console de jeux, vous propose de partir en vacances avec eux, c’est difficile de dire  Je n’ai pas les moyens. » Je demande à Edouard en quoi c’est difficile. Il grimace
« Ca fait looser. »

« Quand mon amie a découvert mon manège, elle m’a exhorté de tout arrêter. J’ai clos ce compte. Mais j’ai pris un crédit à la consommation pour le solder, et pour combler mon découvert. » Les crédits revolving sont les crédits les plus chers du marché, de vraies arnaques : vous pouvez repousser vos mensualités comme dans les fameuses pubs « ne payez rien maintenant, mais dans 3 mois, qu’est-ce qu’on va vous saigner » ou « remboursez comme vous voulez, par petite mensualités, et bonjour les huissiers ». Je me suis procurée sans mal le relevé d’un de ces crédits : C'est un puits sans fond ! La moitié de la somme remboursée chaque mois correspond à des frais, comme une assurance hors de prix qui, en réalité, ne couvre quasiment rien !

Edouard en prend conscience quand, quatre ans après ce premier crédit, il a payé presque 50% de plus que la somme. Et qu’il décide de le faire racheter par sa banque, " à un taux de 4.4% je crois". Au moment où il croit s’en sortir, son amie le quitte et le priant de libérer l’appartement rapidement. Célibataire, plus vraiment jeune, « trop riche », (Edouard gagne alors 1400 euros nets par mois) il ne bénéficie d’aucune allocation. Il dépasse le seuil d’emprunt légal de 33% de ses revenus. Il est donc contraint de prendre un crédit supplémentaire, pour payer son dépôt de garantie, son déménagement et autres frais y afférant, mais obligé de se tourner vers une réserve d’argent, moins regardante sur l’état financier du « client ».

Bien qu’il ait émis des chèques sans provision, qui lui coutent à chaque fois une fortune en frais de banque « Les lettres de relance facturées 22 euros me restent là », fait-il, son dossier est accepté en trois jours. Il en a profité pour demander une nouvelle « réserve d’argent ». C’est reparti pour un prêt d’une durée de 5 ans supplémentaire.

Il a décidé de « s’en sortir » depuis qu’il a pris conscience qu’il était un « endetté compulsif » en faisant un test sur le site des « Débiteurs anonymes ». La solution qu’il envisage, c’est de se déclarer en « faillite personnelle », c'est-à-dire de créer un dossier de surendettement. La première étape, parait-il, c’est de couper et de jeter ses cartes de crédit et de paiement différé. Une étape qu’Edouard ne se sent pas encore prêt à franchir : les cartes sont réunies dans un porte carte qu’il garde dans la poche de son jean, et qu’il touche de temps en temps, comme un objet transitionnel...

Dix ans après son premier emprunt, Edouard est toujours en train de rembourser. Son surendettement et sa manie de prendre un crédit pour en rembourser un autre, c’est un sujet qu’il n’aime pas aborder. Il a accepté de témoigner dans le Neuilly Bondy Blog pour que les gens arrêtent d'imaginer leurs voisins plus riches qu'eux, alors que ceux-ci croulent peut-être sous les dettes. Et pour donner un contre exemple et montrer qu’il ne faut pas s’attarder à l’image « Edouard a encore des billets de 100 euros dans ses poches, il est riche. », car il paye encore chacun de ces billets.

Marlène Schiappa

Lien du site : Débiteurs anonymes

Marlène Schiappa -

Réactions des internautes

manda
Jeudi 12 Juin 2008, 18:25
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le surendettement

j ai connu le surendettement apres un deuil, pas de travail, les enfants a elever les amis la famille qui ne vous aide pas.. c est un engrenage dont on peine a sortir.il m a fallu une psychotherapie et 30 ans pour en sortir.maintenant j ai vieilli et la vie est plus difficile , resultat je prepare ma retraite le mieux possible mais je sais que ce sera encore des moments de privation.
malgre tout il faut garder courage et se dire que la vie est un apprentissage .il ne faut pas envier les autres bien souvent ils ont aussi desz soucis mais le cache par honte du qu en dira t on!
heureusement j ai un travail ou je m epanouis pleinement et j apprecie tous les jours d etre en vie !!!
courage !!!!!
manda

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commandeur2
Dimanche 15 Juin 2008, 23:53
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SITUATION BIZARRE
Pour dire la vérité j'ai été moi aussi à la limité du surendettement quand, ayant acheté un nouvel appart, j'ai eu un dégat des eaux dans celui que je voulais vendre, me retrouvant avec deux apparts sur les dos et des crédits monstrueux à rembourser, j'ai connu la chasse aux expédiants avec les crédits révolving horriblement coûteux, puis un ami proche, profitant d'un accident très invalidant (heureusement pendant une courte période seulement un mois), m'a volé une grosse somme d'argent. Et du coup ma banque m'a mis en interdit bancaire.

J'étais tellement honteux que je n'ai pas osé avoué à ma famille ce qui m'arrivait. Heureusement un ami un peu plus intelligent que les autres, a senti que j'avais des problèmes et m'a aidé pendant quelques mois, le temps de passer ce cap difficile. Mais entre les agios, les frais bancaires divers et le fait d'avoir vendu mon appart à bas prix j'ai perdu une fortune. J'en veux beaucoup à la propriétaire du dessus dont l'appart mal entretenu à failli me conduire à la ruine et à ma conseillère à la banque qui a été incapable de me proposer une solution de secours. Je pense attaquer la première en justice et j'espère que l'incapable qui gère mon compte à la banque va bientôt partir sinon je changerai de banque. Quand à l'ex ami qui m'a volé, sous la menace de la justice, il m'a en partie remboursé et j'ai retiré ma plainte.

Dans  ces cas là on est un peu perdu et très choqué, même honteux. En plus l'accident  assez grave que j'ai eu au même moment, n'a rien arrangé. Enfin c'est dans ces cas là qu'on peut faire le tri de ses vrais amis. J'ai rayé quelques personnes de la liste, c'était indispensable et je m'en trouve mieux même si je reste un peu amer.

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Marlene Schiappa
Lundi 16 Juin 2008, 09:24
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Re: SITUATION BIZARRE
Manda et Commandeur,

Grace à vos commentaires, on se rend bien compte que le surendettement peut toucher tout le monde, et touche de plus en plus de personnes...

Merci pour Edouard.

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