Ça se passe comment, quand on est pauvre, à Courbevoie ?
Mardi 03/06/2008 | Posté par Ange Santenard
Ange a rencontré Julie, assistante sociale dans un quartier huppé. Est-il moins dur d'être pauvre dans cette localité du 92 qu'à Montfermeil ?
On parle beaucoup de la transformation de notre société. La chasse aux aides inutiles est lancée à tous les niveaux, des assedics au RMI. Bientôt il n’y aura plus d’assistés et si la solidarité est un droit elle devra engager des devoirs de la part des bénéficiaires. Le gouvernement fait la chasse aux fraudeurs et le département du 92 fait figure de modèle à cette nouvelle orientation de notre système social. Julie* travaille depuis plusieurs années dans un service social de Courbevoie. Elle voit tous les jours des personnes en situation de précarité frapper à sa porte pour demander de l’aide. J’ai voulu tenter de saisir la spécificité du travail social dans une des villes phare du département des Hauts-de-Seine.
Julie m’explique tout de suite que l’insertion est devenue « la mission prioritaire du département ». Ce qui implique un changement d’orientation au niveau de la prise en charge des allocataires du RMI notamment. Il faut savoir que chaque bénéficiaire de cette aide à la survie doit disposer d’un suivi social permettant de définir un projet à plus ou moins long terme. Ce projet est ensuite contractualisé sur une période donnée. A l’heure actuelle, la contractualisation ne peut plus uniquement porter sur un projet de recherche de logement ou sur des objectifs ayant attrait à la santé: il y a désormais une obligation de s’inscrire dans un suivi social et/ou un projet de retour à l’emploi.
Concrètement, ça veut dire que l’accompagnement des bénéficiaires du RMI est devenu le cheval de bataille des politiciens alors que certaines personnes, trop marginalisées, éloignées de l’emploi, ou cumulant les difficultés de tout ordre, ne sont pas capables de s’inscrire dans un quelconque projet . " En termes de chiffres, il faut désormais des résultats. Et le 92 se montre très réactif quant aux applications du dispositif: A Courbevoie, on regarde surtout les taux de contractualisation. Pour les travailleurs sociaux, la charge de travail est accrue ! " analyse Julie.
En même temps, connaissant un peu Courbevoie, je me dis qu’il ne doit pas y avoir tant de personnes que ça en situation de précarité. Si ? « Il y a quand même pas mal de bénéficiaires du RMI. Les gens sont autant précarisés qu’ailleurs. » Ah bon ? Julie reprend: « Ici, il n’y a pas de banque alimentaire et très peu d’associations caritatives. Les partenaires sont peu nombreux. Et comme les loyers sont très élevés, il n’y a pas besoin d’être en grande précarité pour être en difficulté à Courbevoie, ça va très vite. »
Il faut tout de même faire le tri. Certaines personnes doivent certainement s’imaginer plus précaires qu’elles ne le sont ? « Il y a des personnes qui, effectivement ne roulent pas sur l’or mais qui ne sont pas réellement démunies. Il faut mesurer les besoins réels et parfois juste réorganiser les habitudes de consommation. Quand on a des abonnements de loisirs partout mais qu'on ne paye plus ses factures, il faut envisager des changements. » En gros, terminés les week-end golf et resto à Neuilly !
Plus sérieusement, ici il y a en revanche une « dignité », une apparence, préservée même dans la précarité. Il y aurait peu de problèmes d’alcoolisme ou d’hygiène... « Mais souvent on attend le dernier moment pour pousser la porte de l’assistante sociale en recherchant des solutions par soi-même, c’est ainsi que de nombreux ménages s’endettent en ayant eu recours à divers crédits personnels ou à la consommation. Les situations sont d’autant plus dégradées », déplore notre assistante sociale.
Finalement, si j’ai bien saisi, il vaut mieux être pauvre à Montfermeil que dans les Hauts-de-Seine. Les réseaux d’aides sont plus étoffés tandis qu'à Courbevoie les moyens ne suffisent pas pour assurer un véritable suivi permettant de garantir une insertion digne de ce nom aux personnes les plus démunies. Pour preuve certains chiffres qui font état de plus de 600 bénéficiaires du RMI ayant eu un accès à l’emploi en 2006 sur le département…seulement 90 ont pérennisé leur situation à travers un contrat à durée indéterminée…Vu comme ça, le gouvernement va pouvoir se gargariser encore longtemps de son efficacité dans l’insertion…à courte durée.
Ange Santenard
* le prénom a été modifié pour éviter de créer des problèmes à "Julie", qui n'a pas le droit de parler aux médias.

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Blaise 


Réactions des internautes
Mardi 3 Juin 2008, 23:02
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Jeudi 5 Juin 2008, 15:51
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Re:
Bon il ne s'agit pas de chomeurs mais de personnes touchant le RMi, soit un minimum ne permettant meme pas de vivre décemment. Il faudrait que vous puissiez toucher une fois le fond, celui qui vous coupe la tête et les jambes. Vous verriez alors qu'il est complètement inutile et incohérent de projeter certaines personnes vers l'emploi: c'est prendre les choses à l'envers. Ne travaille que celui qui en est capable dans sa tete!!! Le travail social doit être individualisé et se donner du Temps!! Le travail ne résoud pas tout, il n'est pas un remède!!Ange
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